Bio-ethic : Notice: Undefined index: info in /home/eq60253/html/detailInfos.php on line 13
Quand l’Oréal achète Sanoflore
Entre éthique et immoralité.
Voici une petite histoire vraie qui montre que notre société de consommation actuelle va avoir bien du mal à se sortir du cercle de corruption et de manipulation dans lequel elle évolue, et ce parfois contre son gré. Menée par des groupes peu scrupuleux, amateurs de revenus, elle a et aura encore beaucoup de chemin à faire avant de s’inscrire dans de réelles et concrètes démarches éthiques, favorables au respect de l’homme et de l’environnement.

Alors qu’au jour d’aujourd’hui la question est à l’heure d’écologie et de protection de l’environnement ; alors que de petits producteurs travaillent naturellement la terre pour éviter trop de ravages industriels ; alors que des chercheurs démontrent les effets néfastes et mortels de certains composants chimiques présents dans les produits cosmétiques et d’hygiène ; alors que les écologistes mettent en avant les difficultés à rétablir une situation saine pour la planète et vitale pour les générations futures ; alors que des petits vendeurs essaient de percer sur le marché actuel pour faire valoir les effets de produits sains et authentiques ...

D’autres se plaisent à faire fluctuer leur cynique pouvoir. Quel intérêt finalement de s’inscrire dans une attitude différente, de changer les habitudes, les modes de fabrication et de commercialisation quand industrie égal profit ? Il est tellement plus facile d’instaurer certaines stratégies ... et leurrer son monde.

C’est l’histoire du géant de la cosmétique qui prône le naturel et d’un laboratoire de la cosmétique végétale qui voulait se faire aussi gros que le premier.

Pour certains qui ne le sauraient pas encore, me voici désormais dans la Drôme. L’un des premiers départements français en matière de cultures biologiques. C’est d’ailleurs ici, dans le Parc Naturel Régional du Vercors, qu’est implanté le Laboratoire Sanoflore, pionnier de la cosmétique végétale et fervent défenseur de cultures aromatiques et médicinales, certifiées sans désherbant ni pesticide de synthèse, sans conservateur ou autre substance chimique. La charte instaurée démontre d’ailleurs bien l’engagement du laboratoire pour le bien-être, la qualité, l’environnement et le monde rural. L’idée voit le jour en 1972 sur les pentes sud du Vercors. En 1977 Sanoflore, ou plutôt la ferme Sanoflore, développe ses premières cultures biologiques. En 1986, le Laboratoire Sanoflore apparaît et préconise l’unique utilisation d’ingrédients d’origine végétale ainsi que l’exploitation privilégiée de matières végétales issues de l’agriculture biologique... sans aucun doute, une moralité qui est à l’époque déjà bien fondée... loin de celle de l’industrie cosmétique. Tous les produits cosmétiques Sanoflore sont ainsi certifiés Ecocert et bénéficient du label « Bio ».

Je me suis rendue il y a quelques jours dans ma petite boutique bio favorite. Dans mon panier, quelques fruits et légumes, du thé, la mousse nettoyante Sanoflore. La vendeuse me signale que c’est son dernier flacon et qu’il est d’ailleurs en promotion. Quelle ne fut pas ma surprise et ma déception d’apprendre que mon vendeur bio ne commercialiserait dorénavant plus les produits Sanoflore. La raison ? Le Laboratoire vient d’être racheté par le numéro 1 mondial de la cosmétique : L’Oréal. Je comprends alors très bien la volonté de mon vendeur bio de ne pas vouloir participer à cette nouvelle association .... L’éthique et les principes qu’il préconise vont totalement à l’encontre d’une éventuelle apparition de L’Oréal dans sa boutique bio ... quand on sait que les composants présents dans les produits L’Oréal sont en majorité jugés critiques, leurs effets sur l’environnement et sur notre santé étant loin d’être reconnus anodins : pour ne pas les citer, et parmi tant d’autres, PEG-15 de la famille des étoxyliés ou encore DMDD hydantoin, des libérateurs de formaldéhyde (conservateurs chimiques libérant du formaldéhyde substance classée « cancérogène certain », génotoxique et toxique pour les fonctions de reproduction).

Alors c’est ainsi que le grand groupe met la main sur le laboratoire drômois, dans « l’ambition d’internationaliser Sanoflore afin d’en faire bénéficier les consommateurs du monde entier dont l’appétence pour les produits naturels et bio ne cesse de croître ». Après tout, pour 19 marques déjà acquises, un chiffre d’affaires de 11,6 milliards d’euros et 496 millions d’euros investis en Recherche et Développement, une telle acquisition n’est pas étonnante ; il est même normal me direz-vous que le leader international souhaite avoir le monopole. Ou bien peut-être a-t-il eu tout simplement peur du succès grandissant de Sanoflore ? Avec un chiffre d’affaires de 9,8 millions d’euros (au 31 décembre 2005), l’activité de ce dernier se porte en effet plutôt bien.

Il est blâmable que Sanoflore, laboratoire engagé dans une éthique naturelle et dans le maintien de l’équilibre du tissu socio-économique en milieu rural, s’associe avec un grand groupe industriel, dans le but « d’accélérer [son] développement en France comme à l’international tout en réaffirmant l’identité de [son] entreprise et ses liens étroits avec la filière d’approvisionnement en ingrédients bio », selon les propres termes de son Président-directeur-général. Cette collaboration qui vise le marché international nous pousse à revoir la définition d’agriculture biologique et d’ingrédients biologiques, ces derniers alléguant les valeurs naturelles et le respect du milieu environnemental, mais également la culture locale. Avec une telle ambition commerciale nous pouvons nous soucier quant à la considération de la charte instaurée par Sanoflore : l’augmentation des ventes et des exportations ne s’opposent-elles pas aux principes du développement durable qui proclame entre autre un commerce de proximité pour diminuer les émissions de CO² dans l’atmosphère. S’installe ensuite un plausible cercle vicieux : augmentation des ventes → augmentation de la fabrication → augmentation du personnel mais aussi des matières premières → volonté de vouloir plus de matières premières en un temps restreint pour répondre au mieux à la demande → non respect des engagements de départ (comme le travail avec des agriculteurs biologiques locaux) → utilisation de pesticides de synthèse pour obtenir un meilleur rendement → diminution probable de la qualité des matières premières → diminution de la qualité des produits finis → l’utilisation éventuelle de pesticides amène à la suppression du label Bio-Ecocert. Il s’agit bien sûr ici d’hypothèses et non de certitudes. Il ne m’est pas permit de prévoir assurément l’évolution de la situation ; peut-être les intentions de L’Oréal sont-elles de s’inscrire dans une éthique naturelle et biologique _ et nous ne pouvons alors qu’aller dans le sens de cette volonté _ néanmoins le rachat de Sanoflore lui était-il indispensable ?

A l’heure où les consommateurs prennent de plus en plus conscience de la qualité des produits naturels et de leurs bienfaits sur la santé et l’environnement ; à l’heure où les adeptes de cosmétique quittent les parapharmacies pour se rendre en boutiques bio ... L’Oréal peut-il confirmer le souhait des boutiques naturelles de continuer à commercialiser les produits Sanoflore ? Dans le cas où elles fermeraient leurs portes à « L’Oréal-Sanoflore », ces deux derniers peuvent-ils affirmer le succès des ventes en parapharmacies ou en grandes surfaces tout en prônant le bio ?

Un point noir reste à évoquer ; et c’est cette dernière idée qui peut vraisemblablement nous faire critiquer l’union L’Oréal-Sanoflore. Si des laboratoires bio s’associent à des multinationales industrielles, et si ces dernières arrivent à convaincre les premiers, n’y a t-il pas là urgence à craindre et à dénoncer un phénomène de mode et de paraître plus qu’une attitude responsable à s’engager pour faire évoluer les choses dans le bon sens ? Voilà que bientôt les grandes industries de la cosmétique achèteront leur certification Bio !

Cécile TELLIER

Lu sur http://www.hns-info.net/